De l’envol à la chute de l’Aigle II : 1204 – 1453

 

La période tardive de l’Empire Romain d’Orient n’est pas restée dans les mémoires et malgré des travaux fouillés à son sujet rien ne semble entamer la prédominance de la conquête turque qui s’accélère de la chute des Comnènes de Constantinople à la défaite finale de 1453, sauf peut-être lorsque le dernier empereur byzantin tomba l’arme à la main en défendant la Ville de Constantin. Résultat d’une lente agonie qui a vu l’Empire pillé par la quatrième croisade et son centre péricliter, l’Empire tardif est un Empire aussi mourant que renaissant, la philosophie et même les cultes antiques renaissent. Le monde hellénique ressurgit et sa renaissance contraste avec la contraction de l’armée et du territoire qui finit par se réduire à des milices urbaines défendant la civilisation byzantine aux portes d’une cité-Etat en ruine face aux armées turques. L’Empire, malgré lui, n’incarne à sa fin qu’un mythe passé et n’attire de sympathie pour personne en Europe. Il faudra des siècles pour qu’il retrouve sous la plume des historiens de l’époque contemporaine les marques de noblesses qui furent les siennes, y compris à l’époque tardive. De la quatrième croisade naissent trois Etats grecs capables de reconstruire l’Empire. D’eux, seul l’Empire de Nicée parvient à produire la résurrection romaine et fait entrer par sa conquête de la Ville le monde anatolien et balkanique dans l’ère tardive. La période Paléologue et plus largement l’époque tardive existe au rythme des guerres, point de répit, point de salut, la lutte à mort avec les voisins de l’Empire s’engage en 1261 et c’est avec un optimisme et une détermination absolu que les romains luttent face à la déferlante barbare. La fin de la dernière dynastie, tragique, au même titre que la résistance de la population romaine, témoigne du dernier feu de paille de l’Empire autrefois universel. Période de souffrance et de déconstruction, cette ère s’annonce comme une transition vers mon prochain et lointain sujet : l’Empire Ottoman.

Sommaire  :

I. La restauration Nicéenne et Paléologue.

– L’Empereur Nicéen et Paléologue.

– L’Etat Nicéen et Paléologue.

– La Romanité et sa défense à son crépuscule.

II. De 1204 à 1453.

– La triangulaire de 1204 à 1261.

– Du triomphe à l’effondrement.

– L’acte final.

III. La déconstruction finale

– Les mutations dans l’Empire Tardif

 

Le Grand Final : 1204 – 1453

 

  1. La restauration Nicéenne et Paléologue.

 

Fondé en 1204, le Despotat de Nicée répond aux ambitions du Despote (titre honorifique important de l’Empire Byzantin) Théodore Laskaris. Membre d’une dynastie riche et influente il se veut le défenseur des romains d’Anatolie, guerrier émérite et administrateur capable il restaure une défense profonde et efficace face aux turcs suite à l’effondrement de cette même défense lors de la régence d’Alexis II Comnène et jusqu’en 1204. Sa capitale, Nicée, donne nom à son Empire. Elu Empereur et couronné par le patriarche de Nicée, il dépend d’abord des magnats, les puissants propriétaires terriens d’Anatolie romaine et de l’Eglise. Subissant l’invasion des croisés, ces derniers prenant la côte du Bosphore et privent l’Empire d’accès au relais commercial de Constantinople. Le territoire anatolien, sous exploité et dépendant des importations d’Europe Byzantine connait sous la direction du Despote et des Empereurs Laskaris et Vatatzès une administration modèle qui s’évertue à assurer la création d’une économie autosuffisante, exportatrice de denrées alimentaires et de biens manufacturés, indépendante de Constantinople et pôle économique d’Anatolie. La croissance agricole et manufacturière est soutenue par la déviation progressive de la route de la soie à travers l’Anatolie. La guerre commerciale aidant, Trébizonde sur le Pont et Smyrne en Egée assurent une part croissante du commerce avec l’occident au dépend de Constantinople en pleine période d’abandon. L’Empire de Nicée se restaure et parvient à reconstituer une armée de 10 000 à 15 000 combattants mobiles, suffisamment pour entreprendre une politique agressive face aux turcs et face aux croisés. La guerre avec ces derniers est rude, rarement à l’avantage de Nicée mais les croisés devant faire face à de multiples adversaires plient sous le nombre. L’usurpateur Michel VIII Paléologue entre finalement dans Constantinople en 1261, annonçant la dernière restauration byzantine.

 

– L’Empereur Nicéen et Paléologue.

 

Contrairement au passé, même par rapport à l’époque Comnène, l’Empereur est un guerrier au service de l’Empire. Illustré par la bataille d’Antioche du Méandre en 1211 où Théodore Laskaris défia et tua en combat singulier le Sultan Seldjoukide, l’idéal de l’Empereur-soldat s’incarne plus que jamais dans les premiers empereurs de Nicée, de Constantinople ainsi que dans son ultime défenseurs. Théodore 1er Laskaris, coiffé à ses débuts d’une pauvre couronne, monte sur le trône nicéen avec le soutien de l’Eglise d’Asie mineure occidentale et des nobles locaux. Dépendant des factions, il s’appuie progressivement sur les militaires au dépend des magnats. Des révoltes de puissants éclatent pendant le début de son règne et au début du règne de Jean III Vatazès. Ces révoltes proviennent d’une légitimité contestée et une réaction sociale à une politique novatrice. C’est sur une base « nationale » et « populaire » que s’inscrit la politique des empereurs de Nicée. Ascète ou au moins au train de vie mesuré, proche de sa population et des lettrés, puisant chez eux des hommes nouveaux, l’Empereur Nicéen diffère considérablement des Anges, S’attachant la population Anatolienne au dépend des élites terriennes, parfois au dépend de la stabilité de l’Empire. Fin diplomate, l’Empereur use de l’or de l’Empire avec raison, en témoigne l’action décisive des romains orientaux dans les vêpres siciliennes qui sécurisent le flanc occidental de l’Empire renaissant sous Michel VIII, des multiples mariages et alliances avec les puissances Balkaniques dans l’optique de la reconquête de Constantinople. La figure antique de l’Empereur et sa symbolique tombent en désuétude au profit d’un chef de guerre, un protecteur, un arbitre, un homme simple et dévoué à la Foi et au peuple romain. Cet idéal doit être néanmoins nuancé, dès Michel VIII il se fracasse sur la stratégie matrimoniale des Paléologues qui, dans leurs dessins, produisent un schisme (Arsénite) avec les anatoliens puis le second Empereur Paléologue (Andronic II) s’avéra une catastrophe pour l’Empire. Coupés du peuple, les empereurs Paléologues furent les premiers responsables de la guerre sociale, politique et dynastique de 1341. La guerre civile provoqua la ruine définitive du pouvoir impérial au bénéfice des voisins directs, notamment Serbes et Turcs. La figure de l’Empereur devient intemporelle après cette période, prophétisant, les hommes se rassurent alors et attendent une reconquête venant d’un Empereur qui ne revint jamais.

 

– L’Etat Nicéen et Paléologue.

 

Vécu difficilement par les plus humbles, l’Empire des Paléologues est fort clivant. A ses réformes favorables à la noblesse coïncide une extension des terres cultivées, à une apogée démographique pour les territoires encore impériaux et évidement à une croissance des rentrées fiscales pour les territoires toujours romains. Avec ces réformes défavorables au peuple, l’Etat Paléologue produit une fracture avec les anatoliens, l’Etat qui garantissait la courte – mais néanmoins concrète – retour de la petite propriété terrienne a disparu sous Michel VIII et avec lui la perte de l’Asie Mineure fut définitivement actée. La compression du territoire impérial et l’affaiblissement de ses rentrées fiscales malgré l’enrichissement des classes les plus aisées et des plus nobles de l’Empire a provoqué la grande crise sociale du 14ème siècle et l’émergence de la bourgeoisie comme arbitre entre Cantacuzène et Paléologue, témoin de la faiblesse des protagonistes de cette guerre sociale et notamment du centre.

Le système fiscal dominant pour rétribuer les serviteurs de l’Etat n’est autre que la pronoia. Système peu bureaucratique il permet de solder avec aisance de nombreux soldats romains professionnels. La vigilance des Empereurs Nicéens permet au départ de contrer la montée en puissance des bénéficiaires de la pronoia qui, de fils en aiguilles, deviennent des protecteurs vis-à-vis des sujets et le cadre de la pronoia dépasse progressivement le titre viager auquel il était cantonné. En effet, dès Michel VIII la pronoia devient héréditaire pour une première frange des soldats, progressivement ces derniers viennent à payer un impôt en contre partie d’un abandon de fait de nombreuses propriétés d’Etat pronoiaire transformées en latinfundia pour d’anciens combattants. Mais si l’affaiblissement de l’Etat est progressif, ses capacités demeurent conséquentes, la majorité de la propriété terrienne est publique, au moins de titre, la volonté du Basileus peut s’imposer aux pronoiaires et révoquer leurs titres qui demeurent en théorie viagers et leurs terres propriété d’Etat qui en dernier recourt est terre d’Empire.

Progressivement, le manque de terre aidant, le système de la pronoia s’est révélé insuffisant. Basant la défense de l’Empire sur une élite sociale et militaire, les Empereurs Paléologues mais aussi Comnènes permettent la lutte pour la terre, véritable lutte pour la survie qui débouche sur cette crise du 14ème siècle. Système offensif, la pronoia n’a fonctionné que sous des Empereurs guerriers et victorieux, dans la spirale infernale des invasions le dit système épuise les sources de revenus de la couronne.

 

– La Romanité et sa défense à son crépuscule.

 

L’Empire Romain tel que Constantin l’a modelé est mort avec l’échec final d’Héraclius et le recentrage de l’Empire sur le monde hellénophone et chalcédonien. En survivance après le 7ème siècle, l’Empire s’est découvert une identité, un attachement à la terre et aux hommes qui peuplent ses villes et ses hameaux, ses vallées et ses montagnes. Unis dans la tourmente, les grecs ont adoptés sous le choc des invasions barbares et arabes une romanité bien à eux. Pont entre l’Orient et l’Occident, l’Empire des Romains d’Orient s’est animé d’intérêts nouveaux, plus limités et très concrets. L’Empire Universel d’Auguste à Constantin s’est transformé en mythe fondateur, la Ville devenu le cœur battant d’un idéal maintenu en vie par des millions de citoyens et sujets des Basileus, mais il a évolué au rythme des traumatismes et des périodes glorieuses et ténébreuses du dernier bastion de la civilisation romaine. L’hellénisme, d’abord chose étrange voir insultante, devient progressivement et notamment après 1204 une source d’inspiration et de fierté pour les romains, l’orthodoxie complétant ce fameux mélange, les derniers romains se considèrent comme des grecs autant que des romains, leur Rome a tenu un millénaire, ils en tirent la fierté du survivant et en mesurent le drame lorsqu’elle chutera pour ne jamais être reprise.

L’armée et la diplomatie romaine répondent à des impératifs de survie, dans l’optique que j’évoque il s’agit de maintenir et si possible récupérer ce que ceux de Constantinople appellent leurs terres, leur héritage, leur Empire. Le Basileus, sa cour, son faste, ses cadeaux, tout ceci compose la diplomatie des Pontiques, Epirotes et Nicéens après 1204. Dans une position très orientale, l’Empereur paye tribut, comble de présents et déploie un faste sans bornes face à ses adversaires et amis. La force première du Basileus Nicéen puis Paléologue réside dans cette diplomatie qui joue de tous ses atours pour assurer la survie, même au prix du déshonneur et de la fourberie, du bastion qui est le sien. La seconde force du Basileus est l’armée, structurée par les Comnènes la force Nicéenne s’y rattache mais après 1261 l’Empire adopte une structure plus adaptée à sa force numérique qui dès Andronic II s’effondre. L’Allagion, régiment des Paléologues, groupe, au moins au départ, 300 à 500 hommes, remplaçant les bandons de taille similaire et dissout peu à peu la brigade des Comnènes. Axée progressivement sur la cavalerie, l’armée Nicéenne puis Paléologue fonctionne presque intégralement sur la base de la pronoia, système fiscal qui permet aux bénéficiaires de ce mode de paiement de ce faire payer par les administrateurs d’une localité de l’Empire qui eux même prélèvent l’impôt sur les sujets impériaux.

Recourant couramment aux mercenaires, l’Etat byzantin tardif les préfère aux guerriers locaux pour leur régularité : la paye assure la constance de leur service. Leur service est toutefois ruineux et des bandes de mercenaires grecs se forment au milieu du 14ème siècle en terre romaine afin de fournir à l’Etat un mercenariat à bas cout, en définitive l’abandon du système Thématique, devenu marginal, peut-être vu comme la première cause de l’affaiblissement durable du système militaire byzantin. Les mercenaires n’étant en définitive qu’un substitut contre-productif. A l’image de la guerre civile opposant les Paléologues aux Cantacuzènes, les pronoiaires s’avèrent bien difficiles à maintenir dans le droit chemin dès lors que la situation devient précaire pour le chef de l’Etat tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Dissoute aux quatre cinquièmes sous Andronic II, l’armée impériale consiste dès lors en milices urbaines et unités de gardes du corps, l’armée centrale disparaît pratiquement et avec elle les dernières velléités offensives de l’Empire.

 

  1. De 1204 à 1453.

 

En avril 1204, la Cité de Constantin subit le pire crime possible, la sainte Cité est prise par les barbares. Mais non ceux de l’Est, montés sur leurs chevaux, ces derniers admirent encore à bien des égards les romains et leur grande Ville. Il s’agit de chevaliers ayant pris la croix au nom du Christ, la division de 1054 a donné le prétexte aux croisés et surtout à Venise d’entrer dans la Ville, en armes et avec violence. Pillée durant plusieurs jours, la ville se consume et progressivement se vide de sa population. Cœur battant de l’Empire d’Orient elle ne retrouvera jamais ses atours prospères et chrétiens, la Ville est tombée. Mais si la Ville succombe, la romanité survit. A Nicée, Trébizonde et Nicopolis et même dans l’Acrocorinthe les romains se placent sous l’étendard des prétendants au trône, fondent des puissances régionales et rêvent ouvertement de reprendre aux croisés et à Venise même établis en terre romaine le fruit de leur conquête. De 1204 à 1261 la Cité ne respire que par la lucarne, pour échapper aux horreurs et à l’incompétence administrative des croisés les citadins fuient en terre Anatolienne et Grecque, Nicée et Nicopolis y gagnent ce que Constantinople y perd. De retour dans la cité en 1261 après bien des péripéties, les romains entreprennent la reconquête intégrale de leurs terres occidentales et le relèvement de la Ville. Projets inachevés, dépassant probablement les moyens de l’Empire Paléologue, l’Empire va peut à peut se réduire sous les coups des invasions et finalement n’exister que sous la forme d’une Cité-Etat payant tribut à ses ennemis afin de conserver le peu qu’il pouvait rester de l’Empire universel. En 1453, l’Empire qui a autrefois conquit l’univers, a été conquit.

 

– La triangulaire (1204 à 1261).

 

Naissent trois Etats capables de reprendre la pourpre impériale. Nicée (Anatolie Occidentale), Trébizonde (Pont-Euxin), Epire (Grèce occidentale). Chacun dispose d’un chef ou de plusieurs chefs emblématiques. Théodore Laskaris fonde l’Empire de Nicée, Jean Vatazès lui octroie ses bases pour reprendre Constantinople et finalement Michel VIII l’usurpateur entre dans la Cité de Constantin en 1261. Empire puissant, il est néanmoins pris en étaux au même titre que les Latins par les hordes altaïques, les pontiques et les latins eux même. Sur le Pont, les Comnènes disposent avec l’Alexis et son frère David d’une base côtière défendue par les cols alpins, d’une série de relais commerciaux et des clefs de la mer d’Azov. Empire Prospère ils fondent leur puissance sur le commerce, leur influence en Géorgie via un lien dynastique avec Tamar la Grande permet à l’Empire de s’élever en phare de la prospérité en une Anatolie fort trouble. Dès 1205 les Latins subissent une défaite face aux Bulgares, la bataille d’Andrinople est un synonyme historique de désastre, ainsi les grecs de Nicée peuvent se tourner vers l’Est le temps de quelques années. En 1211 les turcs s’élancent et sont sévèrement battus par les Nicéens à Antioche sur le Méandre, leur sultan tué et leurs troupes ravagées, assurant à Nicée sa survie face à l’Est. La même année Théodore Laskaris est en position précaire, Henri de Hainaut, successeur de Baudouin 1er (Empereur Latin défait et disparu à Andrinople) s’élance et occupe la côte Nicéenne donnant sur le Bosphore. Changeant d’alliance, les turcs s’allient aux nicéens et attaquent communément l’Empire de Trébizonde, amputé des deux tiers de ses terres l’Empire Comnène ne peut se relever, éliminant un compétiteur de plus à la lutte pour Constantinople. L’Empereur Latin, Henri 1er, venant de mourir, l’Epire s’étend fougueusement jusqu’aux abords de Constantinople, détenant Thessalonique Théodore Comnène-Ange-Doukas se fait proclamer Basileus tandis que les Nicéens sous le commandement de Vatazès remportent une victoire décisive sur les Latins à Poimanenon (près de Cyzique). Une coalition Nicéenne-Latine et Bulgare écrase en 1230 à Andrinople l’armée Epirote. L’Empire Latin, faible, fut assiégé à Constantinople même dès 1235 par les Bulgares et les Nicéens, la mort d’Ivan Assen conclu l’affaiblissement de la Bulgarie et offre à Jean III Vatazès l’opportunité de marcher sur l’occident autant que sur les Iles, ce qu’il fait et prend Thessalonique, Andrinople, encercle l’antique cité de Constantin. A l’Est les Mongols remportent la victoire de Kosebag, près de Sébaste, en 1243, contre les turcs. L’affaiblissement du Sultanat, durable, provoque l’autonomisation définitive des Beys. La tentative d’union des deux églises (Constantinople et Rome) échoue du fait de la mort de Jean III et du Pape d’alors. L’usurpation de Michel Paléologue et la prise de la Cité conclue la victoire de Nicée et des grecs sur leurs adversaires.

 

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La triangulaire de 1204.

 

 

Néanmoins, dans un éclair de lucidité, Michel Sénachèreim, en entendant la nouvelle de la prise de Constantinople, s’écria : « Oh ! … Cela était à réservé à nos jours. Quels péchés avons-nous commis pour survire et voir de si grands malheurs ? Désormais il n’y a plus rien à espérer de bon, puisque les romains foulent à nouveau le sol de la Ville ».

 

Du triomphe à l’effondrement (1261-1341).

 

Ayant signé le traité de Nymphée, accordant des avantages commerciaux considérables à Gênes (rivale absolue de Venise) contre une alliance, l’Empereur Michel VIII obtient la Cité sans l’aide des Génois. Respectant les termes du traité, l’Empereur construit un quartier dédié aux Génois dans la Cité de Constantin. Le traité tourne en défaveur des Byzantins puisque Gènes obtient un quasi monopole sur le commerce Constantinopolitain, une supériorité que contre l’Empereur par un traité analogue avec Venise. Equilibre précaire, les échanges des romains avec l’extérieur sont progressivement capté par les deux républiques marchandes. Le manque à gagner, exorbitant, pousse l’Empereur à accroitre les charges fiscales imposées aux populations de l’Empire.

En réaction à son usurpation, les anatoliens se révoltent, soldats et religieux y compris. Les romains d’Anatolie provoquent un schisme, le schisme arsénite est orchestré par le Patriarche de Constantinople sur la base d’un serment prêté par les nicéens avant l’usurpation de Michel VIII, ce serment engageait ces derniers à prendre les armes contre un usurpateur. Michel VIII subit les foudres des anatoliens. Après les avoir vaincus militairement, il impose plus lourdement que jamais les Anatoliens, provoquant une rupture à jamais consommée avec l’Empereur de Constantinople. De la plume même de Pachymère, Michel VIII les punit en réaction au « schisme qui éclata dans l’Eglise, l’énorme foule des déguenillés et des porteurs de bure en rupture des règles, l’énorme tas d’accusations que ceux-ci formulaient contre lui et la crainte qu’en éprouvait l’empereur, qui suspectait la révolte ». Le patriarche excommunie Michel VIII avant d’être déposé en 1265. Triste destin que celui des romains d’Anatolie, abandonnés par un Empereur qui ne se rendit que deux fois en terre Anatolienne, le centre de gravité de l’Empire était redevenu Constantinople au détriment de toutes les richesses, des hommes et des possibilités de reconquête visibles et possibles en Anatolie alors que les turcs étaient vacillants face aux Mongols. Face aux invasions Mongoles, les turcs se voient poussés vers l’Ouest et débute l’exode pour les grecs, rejetés vers les flancs de l’Anatolie au profit de la migration étrangère, des turcomans en mouvement et des assimilés voir des traitres ayant rejoint le Sultanat. Peu à peu s’installe un désert (appelé désert des Scythes) humain au-delà du Sangarios (fleuve à l’Est de Nicée) repeuplé par les turcs au fur et à mesure des siècles. Les grecs refluent donc vers la Grèce et l’Empire qui les a abandonnés, la défense des cités face aux turcs, défendues par des milices urbaines et des pronoiaires anatoliens, est remarquable. En bien des villes les populations assiégées vont jusqu’à subir et mourir par la famine plutôt que d’accepter la réédition, attendant une aide occidentale qui ne vient jamais. Généralement, lorsque l’assaut des turcs est donné la ville est bondée de morts jonchant les rues. Les populations rurales se voient décimées par les envahisseurs, la terreur s’abat à l’Est et l’anarchie régnant dans le Sultanat Seldjoukide n’aide en rien à rétablir l’ordre ou le droit de conquête par l’épée devient la norme.

 

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Les vêpres siciliennes, 1848, par Francesco Hayez.

 

A l’Ouest, Charles d’Anjou, Roi de Sicile, menaçant l’Empire, est victime des machinations de Michel VIII lorsque les révoltés massacrent les troupes angevines. Les vêpres siciliennes démontrent la vivacité de la diplomatie byzantine, capable de soulever des régions par ses donations en or. Mort en 1282, Michel VIII n’est pas enterré à Constantinople, de peur de voir la Cité de révolter. L’Empereur s’est fait détesté des Constantinopolitains car, de fait, ceux qui repeuplent la ville sont Anatoliens pour l’essentiel.

Andronic II prend la pourpre la même année, sur fond de difficultés financières et de dévaluations il assiste aux assauts des turcs qui sous la direction des Beys grignotent progressivement les possessions byzantines d’Anatolie. Pour solution, l’Empereur dissout l’essentiel de l’armée et la flotte – en 1285 –  pourtant fort puissante sous Michel VIII. Les marins partent pour un grand nombre servir les turcs qui déboulent en Egée et ne demandent qu’à trouver des navires et des combattants capables. La bataille de Bapheus en 1302 consacre la victoire turque et particulièrement le triomphe d’Osman et le début de son rêve. La défaite romaine, certaine à ce stade et particulièrement sans armée rend la résistance des villes veine et le successeur direct d’Osman, Orhan, étend drastiquement son contrôle sur l’Anatolie occidentale. Ayant embauché, rappelé et subit les foudres de la compagnie catalane, la bande de mercenaires laisse l’Empire une nouvelle fois sans défenses malgré des victoires obtenues sur les turcs. Prouse tombe en 1326, Nicée en 1331, les antiques Thèmes de l’Opsikion et des Optimatoi, les plus vieux de l’Empire, tombent aux mains des Ottomans. Les bulgares redeviennent une menace sous Théodore Svetoslav (1300-1322) et attaquent la Thrace. A la suite de leurs incursions ils obtiennent le mariage avec la petite fille de l’Empereur Andronic II avec le Tsar Bulgare et des dividendes territoriaux à la suite de leurs assauts en Thrace. La première guerre civile eu lieu entre 1321 et 1328 entre l’héritier de la couronne, déshérité, et l’Empereur lui-même – son père. Andronic II finit par se retirer, vivant et mourant dans un monastère jusqu’en 1332. La première guerre civile a vu les premiers mercenaires turcs en Thrace au service d’un camp ou d’un autre, les Serbes interviennent ainsi que les Bulgares. Andronic III tente pendant tout son règne d’endiguer la poussée turque, mais se résout à payer tribut aux turcs à raison de 120 000 hyperpères par an à la dynastie d’Osman, la cité de Nicomédie et les dernières places tombent tout de même en 1337. Récupérant de nombreux territoires en Grèce, l’Empire mourant est stabilisé temporairement par cet empereur-soldat qui mène en personne ses troupes au combat, mais de nouveaux dangers planent sur l’Empire.

 

– L’acte final (1341-1453).

 

L’Empire vient de perdre l’Anatolie, a jamais. Mais tout n’est pas encore perdu. L’idée de constituer un bloc Balkanique capable de soutenir l’effort de reconquête devait passer sur le cadavre des Bulgares et surtout des Serbes et Latins. Néanmoins, la réduction du format territorial de l’Empire et l’exode des grecs d’Anatolie avec les turcs sur les talons oblige l’Etat à payer tribut aux turcs mais aussi à imposer lourdement une population incapable de fournir une expansion rurale et urbaine à la hauteur de l’enjeu. Si l’expansion des cultures agricoles s’effectue, elle demeure limitée aux territoires grecs surpeuplés. Dans le reste des Balkans, la guerre perpétuelle qui a succédé à la chute de Constantinople en 1204 a clairement réduit la richesse des territoires slaves avoisinants, réduisant par la même les échanges et la production des territoires balkaniques, épuisés. Face à cette crise de la terre, la grande propriété, jamais vraiment acceptée par les populations impériales, révolte par sa productivité et par la misère de ceux qui y travaillent. L’Empire déborde d’hommes, l’Empire déborde de richesses en ses campagnes, mais l’Empire ne peut solder d’armée pour protéger ses populations ni agir dans le bien des plus humbles pour alléger leur malheur. En cause la domination d’une aristocratie de moins en moins militarisée sur les terres restantes. Ainsi, ceux qui fuient les turcs en abandonnant leur petit lopin autour de Nicée doivent accepter de travailler pour presque rien sur les terres des nobles ou jouer les pionniers en travaillant une terre moins fertile que celles détenues par les aristocrates. Les Paléologues pactisent avec les nobles depuis leur prise de pouvoir, en ce sens il n’est pas étonnant que ce régime conduise à un monopole de la terre, première source de richesse en ce temps, par les plus puissants au détriment de la grande majorité des sujets impériaux.

A la mort d’Andronic III aucun successeur, pas même son fils, n’a été désigné du vivant de l’Empereur pour diriger l’Empire. La régence de Jean V (âgé de neuf ans à ce stade) vit un homme énergique et intriguant pour diriger le trio formé par sa personne, Alexis Apokaukos et celle de l’impératrice douairière Anne de Savoie et du Patriarche Jean XIV Kalékas. Jean Cantacuzène, militaire accomplit et aristocrate considérablement riche se pose en régent de Jean V mais les manœuvres d’Alexis provoquèrent l’usurpation de Jean Cantacuzène. La division du monde byzantin face à l’usurpation de Jean Cantacuzène a été longtemps vue comme binaire : les pauvres d’un côté, les riches de l’autre, l’analyse marxiste y a placé un troisième acteur, les bourgeois et dissocié plus rudement encore nobles et pauvres. Cependant, la réalité aujourd’hui plus éclairée est que la guerre sociale est une guerre aux positionnements anarchiques et dans laquelle les populations tournent globalement le dos tant à l’Empire qu’aux prétendants, agissant avec opportunisme pour s’emparer de richesses et se venger des actes de corruption et de domination des classes possédantes, citadines comme rurales ayant conduit à leur malheur. La guerre civile qui oppose d’avantage des clans agite le spectre social, mais en finalité c’est cette même guerre civile qui s’achève en 1347 par la ruine définitive de l’Empire, l’autonomisation complète des nobles et leur domination absolue de la Thrace et de la Thessalie jusqu’à la conquête effective des turcs de leurs terres. Ravagée, la Thrace elle-même est la proie pendant la guerre civile des mercenaires turcs, ces derniers marchent sur les traces de la peste qui s’installe dans l’Empire et en Anatolie, décimant plus de la moitié (estimation courante) des populations impériales en particulier dans les villes. L’armée centrale, restaurée de façon anecdotique sous Andronic III, ne sera plus. A cette division « sociale » s’ajoute une division religieuse provoquée par l’émergence de la doctrine mystique de l’hésychasme (dans les rangs de Cantacuzène). La victoire de Jean Cantacuzène, l’Empire n’existe quasiment plus. Il est affaibli par les raids turcs, serbes et bulgares et l’intervention de toutes les puissances voisines dans la politique romaine lors des luttes fratricides de la guerre sociale. L’Empire n’a plus de continuité territoriale, la poussée de l’Empire Serbe proclamé « Serbe et Romain occupe le territoire grec jusqu’à Lamia. Thessalonique n’est reliée à la capitale impériale que par mer tandis que la Thrace se doit d’importer du blé de Crimée pour survivre face à la famine, conséquence de la guerre civile. Lorsque Kallipolis tombe en 1354 lors des ultimes combats entre les deux dynasties (Paléologue et Cantacuzène) menant au pouvoir effectif Jean V. Les romains se découvrent un empereur faible et incompétent, mais règne t-il seulement sur autre chose que quelques lambeaux de territoires ? Ses intrigues et celles de son fils, ses tentatives d’accomodement avec l’occident comme avec les turcs ne mènent à rien, l’Empire administré effectivement par l’Empereur est réduit à la Cité elle-même. A ce stade, le système des Doux (ducs et duchés) et des Stratèges (Thèmes) a disparu, trois apanages permettent une gestion par le sang et pour la famille impériale de ce qui était autrefois propriété d’Etat. Andrinople tombe en 1371, date clef de la chute de la Thrace aux mains des Ottomans (en la personne de Murad 1er) puisque conséquence de la décimation de l’armée serbe, vaillante mais suicidaire, à Maritza.

Dans la tourmente, les héritiers au trône impérial se succèdent, tous Paléologues mais tous opposés, sauf peut-être sur un point : les turcs servent leurs intérêts. En effet, se servant de mercenaires turcomans, les dernières batailles romaines se trouvent être des batailles de turcs, image forte rappelant à bien des égards le final des guerres d’occident se faisant à coup de goths. Ce qui sauve temporairement Constantinople, malgré les luttes fratricides des byzantins et le désastre de la croisade Hongroise, Française et Savoyarde à Nicopolis en 1396 c’est la victoire Mongole de Tamerlan d’Ankara en 1402 qui écrase l’armée des turcs ottomans et provoque une guerre civile entre les successeurs de Bayezid 1er. La bataille de Varna, dernière grande tentative de sauver Constantinople, tourne au désastre. Les ottomans bien qu’épuisés y emportent une victoire définitive et assurent ainsi la conquête, à terme, de la Cité de Constantin. Les Romains, de leurs côtés, se battent avec détermination aux côtés d’alliés venus d’Italie, mais la défaite est alors inéluctable. Constantin XI tombant les armes à la main au combat face aux turcs de Mehmet II. Rome avant d’être une Cité rapidement abandonnée au passé telle une relique sans valeur, a d’abord été une civilisation brillante, elle a pliée un nombre incalculable de fois sous les vagues constituées par les hordes barbares les plus féroces mais n’a jamais abandonné son idéal impérial et chrétien. Sa défaite finale acte la fin d’une épopée débutée par Auguste lui-même, plus que des ruines, c’est la renaissance que nous lèguent progressivement les penseurs romains quittant les territoires impériaux envahis par les hordes barbares.

 

constantin XII
Constantin XII Paléologue, dernier Empereur Romain.

 

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Mehmet II entrant dans la Cité e Constantin.

 

 

III. La déconstruction
Les mutations dans l’Empire Tardif

Si pendant la période d’occupation et de division de l’Empire (1204-1261) l’Empire connaît des situations économiques et administratives très variées, la réunification partielle de l’Empire offre un moyen de dresser une fresque des évolutions précédentes et postérieures à la reprise de Constantinople. En 1204 la Cité occupée a cessée d’être un centre de consommation et de demande. Les aristocrates et marchands quittant la Ville la demande de biens de consommation chute, notamment de luxe. Les incendies provoqués par les croisés et le pillage privent la ville des outils de production et des infrastructures adaptées. Le reste de la demande s’effondre à la mesure de la fuite de la ville par les citadins, livrés qu’ils étaient à l’autorité des croisés et des vénitiens. Ce que Constantinople perd dans ce pillage est récupéré par de nombreuses cités impériales. La production et la confection de textile se relocalise ailleurs, là où les compétences et les entrepreneurs se sont déplacés. Dans l’Empire de Nicée, Smyrne, Philadelphie, Ephèse, Nicée, Prouse puis plus tard Nicomédie connaissent pendant un demi-siècle un âge d’or sans interruption. L’Empire Pontique connaît une embellie en devenant un des principaux moyeux de la route de la soie. De ce fait, réduit à peau de chagrin il sera toujours prospère en son réduit de Chaldée. Les populations arméniennes, turcomanes orthodoxe et helléniques fuyant les turcs et les croisés peuvent trouver dans les Etats successeurs des puissances émergentes et bien administrées, l’offre de travail et de terres expliquant mieux que la question religieuse la migration de l’essentiel des Constantinopolitains dans l’Empire de Nicée. Pendant cette période sans Constantinople l’expansion des cultures s’accélère. Les manufactures émergent ou retrouvent des couleurs, les biens manufacturés courant comme les biens alimentaires s’exportent du Pont, de Crimée, de Nicée et d’Epire. Forts de ces dynamiques, les successeurs voient leurs revenus s’étendre tandis qu’ils s’effondrent en terre latine. Sur le Plan social, les Despotes et Empereurs se proclament protecteurs des peuples de l’Empire, ils contrôlent le marché (Pontique) avec une solide administration ou diminuent les charges sur les populations pauvres au détriment d’un recul des grandes propriétés hostiles aux Empereurs (de Nicée). L’Epire, de par sa situation géographique, connaît encore largement la petite propriété et c’est dans cette population fière que les Doukas puisent pour alimenter leur armée et c’est par le commerce en Adriatique que s’élèvent les finances de l’Etat, l’Epire jouant le rôle de plateforme entre la Grèce et l’Italie. Sur le plan administratif, il est évident que l’administration n’a déjà plus sa capacité d’autrefois, aussi elle se replie sur ordre des Palais sur des choses essentielles. Sur fond de lutte contre la corruption, les Empereurs de Nicée forment un système aux fondations plus fermes que par le passé mais aux cadres plus lâches, laissant s’autogérer une partie du commerce et des manufactures. Se concentrant sur la propriété de la terre, enjeu des futurs conflits internes à l’Empire restauré, sur l’application du droit, sur la guerre, l’Empire de Nicée assure ses bases sans lesquelles il n’aurait pu financer son armée et reprendre la Cité de Constantin.

Michel VIII change de politique, usurpateur il lui faut consolider son pouvoir. Pour ce faire, il accorde ses faveurs aux aristocrates, aux pronoiraires et aux marchands occidentaux. Il doit en contre partie défavoriser les autres franges de la société byzantine et notamment le peuple. Progressivement, les défaites internes coïncident avec les défaites aux frontières, le repli des peuples impériaux vers les Balkans s’effectue au gré de la poussée mongole poussant les tribus turques vers l’Ouest. A ce stade le manque de terre est criant, il demeure des terres à explorer et à cultiver au 12ème siècle, mais au 14ème siècle l’espace cultivable manque et les conflits internes éclatent, dévastant pour longtemps les territoires Balkaniques. A l’opposé de cet effondrement, les villes d’Anatolie conquises au 14ème siècle connaissent un relèvement sous l’autorité des ottomans naissant qui y organisent un mécénat conséquent, entraînant clients et populations migrantes et autochtones. La fin de l’Empire est actée par la chute des derniers réduits romains postérieurs à la chute de la capitale, lorsque Mehmet II entre dans la ville, il ne trouve qu’une ville sous peuplée, ravagée et ruinée. La défense héroïque de la Cité n’est pas pardonnée et la mort du dernier Empereur est un drame dynastique autant que « national », la population est déportée et la ville repeuplée, mais c’est une autre histoire, pour un nouvel Empire.

 

Sources :

  • Byzance face aux Ottomans : Exercice du pouvoir et contrôle du territoire sous les derniers Paléologues (milieu XIVe-milieu XVe siècle) : Raul Estangüi Gomez.
  • Le monde Byzantin, tome 3 : L’empire grec et ses voisins XIIIe-XVe siècle : Collectif composé de Michel Balard, Ivan Bozilov, Marine-Hélène Cougourdeau, Sergei Karpov, Ivana Jevtic, Jaques Lefort, Jean-Mochel Spieser, Angeliki Laiou et Cécile Morrisson.

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